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Regards croisés de deux DRH face à la crise : UPSA & INGEROP

L'Association

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07/05/2020

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REGARDS CROISES DE DEUX DRH FACE A LA CRISE : UPSA & INGEROP

Laboratoire pharmaceutique ou société d’ingénierie. Tristan Saladin (PES 90), DRH chez Upsa*, et Céline Morinière (SDS 2001), DRH adjointe d’Ingerop*, nous partagent leur analyse sur la crise actuelle. 

De quelle manière avez-vous piloté la crise ?

Céline Morinière (Ingerop). « Notre activité d’ingénierie est fortement liée à l’activité des chantiers. Celle-ci s’est interrompue dès le début de la crise. Nous n’avons donc pas tardé à en ressentir les effets. D’autant plus que l’on est dans une année d’élections municipales ce qui implique le gel de certains projets. Concrètement, dès l’annonce de l’entrée en vigueur du confinement, nous avons pris les mesures sanitaires qui s’imposaient. Nous avions déjà annulé en amont un certain nombre de manifestations prévues en interne. Nous avons ensuite procédé à la fermeture de tous nos locaux. Tous nos collaborateurs ont adopté le télétravail sauf quelques-uns qui ont opté pour l’arrêt maladie pour garde d’enfants. 

Il a ensuite fallu réduire nos capacités de production. Nous avons tout d’abord encouragé la pose de congés ou de jours RTT. Ensuite, nous avons été contraints de placer une partie significative de nos collaborateurs en activité partielle. Par ailleurs, dans un souci d’information, nous avons conçu une newsletter quotidienne avec des sujets à vocation utile et d’autres un peu moins sérieux. Nous avons mis en place également une cellule psychologique. »

Tristan Saladin (Upsa). « Nous avons d’emblée dû faire face à une augmentation plus que significative de la demande de nos produits à base de paracétamol, essentiellement l’Efferalgan© et le Dafalgan©.  Très rapidement, il nous a fallu adapter nos chaînes de production pour faire face à cette demande. Sur nos deux sites, basés à Agen, environ 800 collaborateurs travaillent aujourd’hui en 3x8 pour assurer une production 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Dans ce contexte, la première des priorités a été naturellement de préserver la santé, la sécurité de nos collaborateurs, de s’assurer du respect des gestes barrière, de l’approvisionnement de masques. Pour les collaborateurs du siège, pour les commerciaux, nous avons mis en place le télétravail. 

Mais ce qui est clair, c’est que nous avons vécu une expérience contre-cyclique de la crise, en raison de la nature même de notre activité et de nos médicaments qui ont été reconnus prioritaires et essentiels par les pouvoirs publics. Cette crise a induit une très forte hausse de notre activité, par un doublement de notre capacité de production. UPSA expédie, chaque jour, 1,5 millions de boîtes. Pour le marché français mais également en Europe ou en Afrique : nous sommes présents dans 60 pays. »

Votre entreprise dispose d’implantations à l’étranger. Avez-vous constaté des différences dans la gestion de crise selon le pays ?

Tristan Saladin (Upsa). « En Italie, il y a eu de la part des autorités un retard dans la prise de conscience, en particulier à Rome, qui était éloigné de l’épicentre de la crise en février-début mars. Les mesures de protection ont été prises tardivement. Heureusement, organisés en cellule de crise assez précocement, nous avons pu protéger les collaborateurs de nos filiales en décidant de les placer en télétravail pour réduire le risque de contamination et les protéger. »

Céline Morinière (Ingerop). « Nous avons assez peu d’expatriés. Par prévention, nous avons surtout organisé des rapatriements de pays d’Afrique. A l’échelle européenne, on a pu constater que nos collègues allemands s’étaient mis au télétravail plus tôt que nous. Notre filiale au Royaume-Uni, comme notre filiale en Afrique en Sud, continuent d’être en activité. Notamment en Grande-Bretagne en raison du projet de ligne à grande vitesse High Speed 2 – très important - qui occupe bien les équipes. En ce qui concerne notre filiale espagnole, l’activité est très ralentie. »

Comment assurez-vous le dialogue social ?

Céline Morinière (Ingerop). « Le matin-même du premier jour de confinement, le 17 mars, nous avons eu un CSE. Nous avons échangé avec les élus sur les mesures que nous envisagions pour faire face à cette crise. Depuis le début de la crise, nous avons un CSE toutes les deux semaines, par visio-conférence. Nous entretenons une vraie relation avec nos partenaires sociaux. Les échanges sont traditionnellement très constructifs. Je pense toutefois que l’on sera un peu plus attendu au moment du retour dans les locaux, notamment sur toutes les mesures de sécurité et d’hygiène. »

Tristan Saladin (Upsa). « Dès le début de la crise, nous avons convoqué un CSE extraordinaire très rapidement. Nous nous réunissons – à distance – avec les partenaires sociaux tous les quinze jours. Au cœur de ces réunions, le point sur la situation mais surtout la préservation de la santé de nos collaborateurs. »

Quelles mesures anticipez-vous dès maintenant pour accompagner la sortie du confinement ?

Céline Morinière (Ingerop). « Nous avons constitué un comité de pilotage de crise qui se réunit deux fois par semaine. Nous établissons des prévisions d’activité et travaillons sur différents scénarios de reprise.

Dans l’immédiat, on procède à la désinfection des locaux, on acquiert des EPI (équipement de protection individuelle) adaptés : lunettes, gants, masques, etc… Les premiers lots sont à destination des agences. On étudie aussi les conditions de sécurité maximale pour la restauration collective, on envisage la livraison de repas. On travaille aussi sur l’organisation du travail, sur les plages horaires. Et on réfléchit sur un système de ménage ‘’permanent’’. »

Tristan Saladin (Upsa). « L’objectif est de maintenir la vigilance sur le respect des consignes de sécurité. Des mesures ont déjà été prises, je pense notamment à l’espace de restauration qui est aujourd’hui exclusivement réservé aux collaborateurs qui travaillent à la production, dans des conditions de distanciation sociales renforcées, les autres collaborateurs étant invités à apporter leur repas. Par ailleurs, l’accent est mis sur le nettoyage et la désinfection renforcés des locaux. Le tout est d’éviter que le déconfinement ne provoque un relâchement. Nous réfléchissons aussi à un aménagement plus flexible des plages horaires de travail, à des présences sur site en roulement, avec alternance en télétravail. »

Qu’est-ce que cette crise vous a révélé ?

Tristan Saladin (Upsa). « Cette crise a montré que la flexibilité de l’organisation, conjuguée à une extrême solidarité, constituaient deux leviers clé pour relever un tel défi. Ce qui a été le cas pour UPSA. Elle a aussi révélé une fierté d’appartenance à une entreprise qui œuvre pour la préservation de la santé et qui s’est aussi retrouvée en première ligne. Nous avons mis sur pied ou contribué à plusieurs opérations solidaires. A titre d’exemple, les enfants de nos collaborateurs du siège ont fait des dessins adressés en signe de solidarité aux personnels qui travaillent dans les sites de production. Nous avons également fait travailler un atelier de couture Lot-et-Garonne pour produire de nombreux masques en tissu pour l’usine. Enfin, cette crise a montré qu’il était crucial de pouvoir maîtriser l’ensemble du process de production en santé sur le territoire national. Il n’existe plus d’indépendance totale en matière de santé et la crise sanitaire que nous vivons en montre les limites. Chez Upsa, 98 % de nos produits sont fabriqués en France. Cela nous a permis de réagir très rapidement. Et là encore, cela a renforcé un sentiment d’adhésion et de fierté chez nos collaborateurs. »

Céline Morinière (Ingerop). « On a pu observer des managers se montrer créatifs dans la façon d’appréhender la situation. Après, je ne m’attends pas à ce que la crise change fondamentalement la donne. Dans quelques mois, quand l’épidémie sera maîtrisée, les gens vont se réveiller comme après un mauvais rêve. Il n’en demeure pas moins que la mise en œuvre ‘’à marche forcée’’ du télétravail a révélé des organisations plus flexibles, des modes de collaboration plus agiles. Nous avons une charte sur le télétravail qui a un an et octroie la possibilité d’un jour de télétravail par semaine.Cette crise va nous conduire à aller plus loin. Elle pourrait aussi accélérer la réflexion sur la responsabilité sociétale de l’entreprise. »

 

* Ingerop en bref

  • Société d’ingénierie spécialisée dans le BTP
  • 2.000 collaborateurs
  • 69 implantations dans le monde
  • Chiffre d’affaires de 260 millions d’euros en 2019

 

* Upsa en bref  

  • Upsa (Union de pharmacologie appliquée)
  • 1.400 salariés dont 1.300 sur les deux sites de production à Agen (Lot-et-Garonne)
  • 1 réseau de 100 délégués pharmaceutiques en France3.500 emplois indirects générés par son activité3 filiales (Belgique, Italie, Suisse)
  • Chiffre d’affaires de 390 millions d’euros en 2019

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